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21/09/2008

ISRAEL ET LA MORALE

POUR ISRAEL, UN JUIF DOIT ETRE DISPENSE DE TOUTE MORALE

Tel est l’appel du professeur Yehezkel Dror

 

L’écrit appelant au génocide et aux meurtres, objet de ce papier n’est pas le fait d’un inconnu qui divague ou d’un écrivaillon à la recherche de la notoriété par une surenchère criminelle. L’homme, auteur de cet appel au crime que, à l’exception des plus déments des Nazis du temps d’Hitler, personne n’a jamais osé de toute l’histoire, tant les arguments sont mythomaniaques, tant les destructions et les tueries envisagées dépassent tout entendement, l’homme auteur de cet écrit donc a des responsabilités universitaires, gouvernementales, dans des institutions internationales d’Europe, d’Amérique et du monde.

 

En effet Yehezkel Dror, c’est son nom, est professeur émérite de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem, membre du Club de Rome, expert et conseiller international en diplomatie, gouvernance, et planification politique. Il a servi en tant que membre du personnel de direction de la RAND Corporation aux USA; Conseiller au sein du cabinet du Premier Ministre et Ministre de la Défense israélien; Associé au Berlin Institute for Advanced Study and Science Center; et professeur à l’European Institute of Public Administration, Maastricht. Il a participé à des missions consultatives pour le compte de l'ONU, du PNUD, de l’OCDE et de l'Union européenne, et est l'auteur de « La Capacité de Gouverner: Un Rapport pour le Club de Rome ».

Il est aussi Président-fondateur du Jewish People Policy Planning Institute, et. Lauréat du Prix Israël en 2005, il a fait partie de la commission Winograd d’enquête sur la guerre israélienne contre le Liban à l’été 2006.

L’article titré “When Survival of the Jewish People Is at Stake, There’s No Place for Morals”

a été publié, le15 mai 2008, dans le quotidien juif socialiste new-yorkais, Forward. Le peuple juif peut tout entreprendre, en s’affranchissant des règles morales, lorsqu’il le juge nécessaire à la survie d’Israël. L’État d’Israël doit passer outre le droit international et toute moral.

IBRAHIMI

 

«Dès lors que c’est la survie du peuple juif qui est en question, il n’y a pas de place pour la morale»

par Yehezkel Dror

 

Peu de gens disconviennent du fait que tout dirigeant juif, toute organisation juive, toute communauté juive et tout individu juif a pour devoir de contribuer à assurer la continuité du peuple juif. Mais, dans un monde où l’existence à long-terme de l’État juif est loin d’être garantie, l’impératif d’exister donne lieu, inévitablement, à de difficiles questions, dont la principale est celle-ci : quand la survie du peuple juif entre en conflit avec la morale du peuple juif, son existence en vaut-elle la chandelle, ou même, cette existence est-elle possible ?

L’existence physique, aurais-je tendance à arguer, doit être première. Aussi morale une société aspire-t-elle à être, l’existence physique est nécessairement un préalable.

Des dangers manifestes, tant interieurs qu’extérieurs, menacent l’existence-même d’Israël en tant qu’État juif. Il est très vraisemblable que l’effondrement d’Israël ou la perte par l’État d’Israël de son identité juive aurait pour effet de saper l’existence du peuple juif dans son ensemble. Et même en l’existence d’un État juif, des dangers, moins évidents mais non moins fatals, menacent l’existence durable dans le long-terme de la diaspora. Quand les nécessités de l’existence entrent en conflit avec d’autres valeurs, par conséquent, la realpolitik devrait se voir accorder la priorité. Depuis la menace d’un conflit désastreux avec des protagonistes islamistes tel l’Iran, jusqu’à la nécessité de maintenir des distinguos entre « nous » et « les autres » afin de limiter l’assimilation, cet impératif devrait servir de guide aux décideurs politiques.

Regrettablement, l’histoire humaine rejette l’affirmation idéaliste voulant que, pour vivre longtemps, un État, une société ou un peuple se doit d’être moral. Étant donné les réalités prévisibles du 21ème siècle et au-delà, des choix cornéliens sont inévitables, dans lesquels les nécessités de l’existence contredisent, bien souvent, d’autres valeurs importantes.

D’aucuns pourraient arguer que faire de l’existence la priorité pourrait être contreproductif en termes d’existence-même, car ce qui peut être considéré comme une action immorale peut saper le soutien, tant interne qu’extérieur, essentiel à l’existence [de l’État d’Israël]. Toutefois, la logique propre à la realpolitik donne la primauté à l’existence, ne laissant qu’une place minorée à de quelconques considérations éthiques. La triste réalité, c’est que le peuple juif risque d’être confronté à des choix tragiques, dans lesquels d’importantes valeurs doivent être sacrifiées, dans l’intérêt de valeurs encore plus importantes.

Des décisions qui soient responsables, dans de telles situations difficiles, requièrent une prise de connaissance sans ambigüité des questions morales en cause, en soupesant avec soin toutes les valeurs et toutes les assomptions de responsabilité dans la formation de son propre jugement autonome. Ces décisions exigent aussi un effort pour réduire autant qu’il est possible la violation de valeurs morales.

Néanmoins, confronté à de tels dilemmes, le peuple juif ne doit pas se laisser obnubiler par le politiquement correct, ni par d’autres modes susceptibles de faire obstacle à la pensée. Quand il s’agit de la Chine, par exemple, certains efforts visant à renforcer les liens entre la superpuissance chinoise et le peuple juif devraient imposer une sourdine aux campagnes bien-intentionnées visant à interférer dans la politique intérieure de Pékin, notamment dans sa manière de gérer le Tibet. Il en va de même pour la Turquie : étant donné le rôle crucial de pacificateur que joue ce pays au Proche-Orient, le débat autour de la question de savoir si les Ottomans ont commis (ou non) des atrocités contre les Arméniens doit être laissé aux historiens, et de préférence à des historiens non-juifs.

Cela, non pas nécessairement afin de soutenir la politique chinoise, ni pour dénier l’histoire arménienne. Non : il s’agit, bien davantage, de reconnaître qu’aussi morales ces prises de position peuvent (ou ne peuvent pas) être, le peuple juif doit donner la primauté à l’existence.

Ce qui est requis, c’est une évaluation a priori des valeurs, afin de disposer de guides tout prêts pour former un jugement dans des contextes spécifiques, ou dans des conditions de crise. La question, plus globalement, est de savoir si l’impératif, pour le peuple juif, d’exister, est un impératif catégorique surpassant la quasi-totalité des autres valeurs, ou bien s’il s’agit d’un impératif parmi beaucoup d’autres impératifs de rang similaire. Étant donné tant l’histoire que la situation actuelle du peuple juif, j’aurais tendance à soutenir que l’impératif de garantir son existence est un devoir moral impératif, qui préside à tous les autres.

Laissons de côté le recours à des arguments transcendantaux, aux commandements bibliques et aux paroles des sages, qui sont, tous les uns autant que les autres, ouverts à diverses interprétations. La justification de la priorité qui doit être accordée aux nécessités de l’existence est quadruple :

Primo, le peuple juif a un droit inhérent à exister, exactement comme n’importe quel autre peuple ou n’importe quelle autre civilisation.

Secundo, un peuple qui a été régulièrement persécuté depuis deux mille ans est moralement fondé, en termes de justice distributive, à être particulièrement impitoyable lorsqu’il s’agit pour lui de prendre soin de son existence, notamment en matière de droit moral, que dis-je, de devoir, de tuer et d’être tué, si cela est essentiel pour garantir son existence – fusse au prix d’autres valeurs, et d’autres personnes. Cet argument est d’autant plus imparable, à la lumière des tueries sans précédent, voici seulement quelques décennies, d’un tiers du peuple juif – un crime de masse qui a été soutenu directement et indirectement, ou tout du moins, qui n’a pas été empêché, quand cela aurait été possible, par de larges segments du monde civilisé.

Tertio, étant données l’histoire du judaïsme et l’histoire du peuple juif, il y a de fortes chances que nous allons continuer à apporter des contributions éthiques particulièrement nécessaires à l’humanité. Toutefois, pour pouvoir le faire, nous avons besoin d’une existence stable.

Quarto, l’État d’Israël est le seul pays démocratique dont l’existence-même est mise en danger par des acteurs profondément hostiles, sans, là encore, que le monde prenne les contremesures décisives qui s’imposent. Cela justifie – que dis-je, cela implique – des mesures qui non seulement seraient inutiles, mais qui seraient même potentiellement immorale dans des circonstances autres.

Le peuple juif doit accorder beaucoup plus de poids à l’impératif qui est le sien, de garantir sa survie, qu’à toute autre valeur. Il y a, bien entendu, des limites ; rien ne saurait justifier la mise en branle d’un génocide. Mais, à part de rares exceptions, où être tué et détruit est préférable à la transgression de normes absolues et totales, l’existence du peuple juif, y compris celle de l’État d’Israël, doit être considérée comme la première des priorités.

Ainsi, si la sécurité d’Israël est renforcée de manière significative par de bonnes relations avec la Turquie et avec la Chine, d’aucuns arguent que la Turquie est coupable de génocide, dans le passé, contre les Arméniens, et que la Chine, aujourd’hui, est en train de réprimer des Tibétains et son opposition interne et que les dirigeants et les organisations juifs doivent soutenir la Turquie et la Chine, ou au minimum rester neutres en ce qui concerne les affaires intérieures de ces deux pays. Au minimum, les dirigeants juifs ne doivent pas se joindre au chœur des acteurs libéraux et humanitaires qui condamnent et la Turquie, et la Chine.

De la même manière, les dirigeants juifs doivent soutenir les mesures très dures prises contre des terroristes qui, potentiellement, mettent des juifs en danger, fusse au prix de violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international. Et si la menace est suffisamment grave, le recours à des armes de destruction massive par Israël serait justifié, dès lors qu’il serait manifestement nécessaire afin d’assurer la survie de l’État, quelque important que soit le nombre énorme des victimes civiles innocentes que l’on aurait à déplorer.

À n’en pas douter, le débat est largement ouvert sur la question de savoir ce qui est véritablement nécessaire à l’existence. Le fait de donner la priorité à l’impératif d’exister n’implique pas nécessairement que l’on soutienne de A jusqu’à Z la politique d’Israël. De fait, c’est l’inverse qui est vrai : les dirigeants, les organisations et les individus de la diaspora ont le devoir de critiquer la politique israélienne, qui, de leur point de vue, met en danger l’État juif et l’existence du peuple juif. Ils ont aussi le devoir de proposer des politiques alternatives garantissant l’existence [du peuple juif].

Mais, en fin de compte, il n’y a aucun moyen de contourner les implications pratiques, impitoyables et douloureuses, du fait de donner la priorité à l’existence, en tant que norme morale supérieure, sur le fait d’être moral par d’autres aspects. Quand cela est important pour l’existence [du peuple juif], la violation des droits d’autrui doit être acceptée, avec regret, certes, mais avec détermination. Le soutien (ou la condamnation) de divers pays et de leurs politiques respectives doit être tranché, avant toute chose, à la lumière des conséquences probables [de ce jugement] pour l’existence du peuple juif.

En résumé : les impératifs de l’existence doivent se voir accorder la priorité sur d’autres considérations – aussi importantes soient-elles – dont les valeurs progressistes et humaines, ou encore le soutien des droits de l’homme et de la démocratisation.

Cette conclusion tragique, mais néanmoins finale, n’est pas facile à avaler, mais elle est essentielle pour le futur du peuple juif. Une fois notre existence garantie, ce qui inclut la sécurité fondamentale d’Israël, beaucoup peut – et doit – être sacrifié sur l’autel du tikkun olam [héb. : « réparation du monde », ndt]. Mais étant donné les réalités présentes et le futur prévisible, la garantie de l’existence est la priorité des priorités.

 

Traduction Marcel Charbonnier

 
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