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15/11/2008

Education : Pour une culture du défi.

En 2001, au Maroc, une réflexion était menée sur la réforme des programmes de l’Education Nationale. Les extrémismes, toutes religions confondues, deviennent verbalement ou physiquement violents. Et les jeunes non formés à réfléchir par eux-mêmes ne sont pas préparés à se prémunir des différents Gourous qui peuplent le monde et les sites Internet. En effet, l’enseignement se contente à faire mémoriser des données et des concepts sans réflexion personnelle de l’élève, ne préparent pas à la remise en cause, à mettre en doute et à reconstruire. L’enseignement ne prépare pas aux techniques de recherche de l’information et de son recoupement.

Si l’article débute avec une note d’humeur, c’est parce que certains professionnels et décideurs tout en se donnant en spectacle par de belles formules, font tout pour que rien ne change leurs confortables habitudes.

 

 

Education : Pour une culture du défi.

Par IBRAHIMI

Journal l’Opinion (Rabat-Maroc)

20 novembre 2001

 

N’est pas l’objet du présent article celui dont la préoccupation n’est que son fin de mois, ni le zélateur aux "ordres" dont la fonction est de faire admettre que la hiérarchie est providentielle, infaillible, ni celui, perroquet initiant de futurs perroquet à babiller les pensées des autres, ni l’excité redresseur de torts "détenteur" de la vérité absolue, ni le moralisateur fainéant des neurones se contentant de culpabiliser à la manières des media publics faisant du citoyen le responsable entre autres de la saleté de nos rues pour affranchir les premiers responsables, les élus et les employés publics plus racketteurs qu’utiles, etc…

Si l’adulte érodé, lissé, poli par la vie finit par ne devenir qu’un zombie ne "s’affirmant", souvent gauchement, quelquefois brutalement qu’avec plus faible que lui, plus pauvre que lui, moins gradé que lui ou dépendant de lui tel l’enfant, c’est souvent parce qu’enfant lui-même, plus jeune, il lui avait été interdit d’utiliser le "je", de réfléchir par lui-même, de prendre des initiatives au risque de se tromper, d’extérioriser ses opinions, ses joies et ses peines. Au premier jour d’école, il avait eu comme première "leçon" de croiser les bras. Il les croisera. Pour la vie. Et comme il doit tout de même "biologiquement" vivre, il mentira, il trichera, il trompera, il agira dans le dos, il trahira. Le bien n’étant pour lui qu’un contenant évidé, le mal s’y dilue par "légitime défense". Cet adulte, longeant les murs tel le chien à la queue entre les pattes qui ne mord que dans le dos, est le résultat actuel des enfants "éduqués" par notre système toujours en vigueur. Cet adulte n’est digne de confiance ni pour être conjoint, ni pour être géniteur, ni pour être employé public ou privé, ni pour être patron, ni pour être élu. Pourtant, cet adulte est l’adulte type d’aujourd’hui. A ceux dignes d’agir de faire en sorte qu’il ne soit pas celui de demain. L’espace matériel existant déjà, l’école, il s’agit de le meubler par des hommes et des femmes qui en sont dignes, qui y croient, qui en ont le profil et surtout qu’ils soient volontaires, la tâche étant ardue.

Encadrer des jeunes, trop carrés pour composer, trop idéalistes pour relativiser, trop logiques pour déroger demande, en plus d’une grande culture, de l’humilité, de la patience, l’art d’écouter, la capacité d’avoir souvent à se taire, le désir et la curiosité de vouloir apprendre, une personnalité au socle bien assis.

Sans avoir besoin de connaître Descartes, depuis toujours et dans toutes les civilisations, l’adolescent, pour peu qu’il soit normal, se pose des questions sur ses environnements et remet petit à petit en cause ce qu’avaient voulu lui inculquer les adultes, parents, enseignants et media alors qu’il était enfant plus réceptif que critique. Tout est doute pour lui et il reconstruit au fur et à mesure qu’il se procure les matériaux disponibles. Il s’agit de les lui fournir à volonté car une société dépassée est une société occultant ou manipulant la matière première, soit l’information, toute l’information, les données historiques (pas seulement l’histoire-propagande de l’école), les données politiques, économiques, culturelles, artistiques, de tous horizons, de tous pays, de toutes idéologies. Une société en retard est une société qui n’a pas su laisser à portée du jeune la multitude de matériaux de diverses sources pour qu’il compare, pour qu’il soupèse, pour qu’il puisse parfaire son sens critique, pour que adulte, il ne devienne pas la proie d’illuminés de tous bords surtout en ses temps de formation à des techniques pointues. Un médecin, un ingénieur non préparé à la critique civique est une arme potentielle offerte aux " prophètes" modernes.

La nécessité d’apprendre à connaître les lois fondamentales de son pays, son organisation politique et administrative n’est pas le but final en soi même si cela en est un outil. Ce n’est que le tour du propriétaire, la reconnaissance du territoire, lieu des faits citoyens. Le but de l’éducation est d’amener à la réflexion critique, à la découverte par le jeune lui-même du pourquoi des choses. Son refus argumenté de ce pourquoi peut être source d’enrichissement, le groupe de jeunes dans lequel il évolue servant "d’objecteur". Il apprendra de lui-même que si souvent dans la vie, après réflexion et débats, on n’a le choix qu’entre le mauvais et le pire, pourquoi l’individu, le citoyen, vu l’urgence, peut décider d’une option même imparfaite, l’accepter et en respecter les règles dans l’attente d’un mieux qui devient ainsi l’objectif à atteindre au plus vite.

Naturellement, l’humain est un être de défi, un intellectuellement rebelle, le jeune plus que l’adulte fatigué, poli par l’érosion sociale. Accompagner les premières initiatives sociales du jeune c’est libérer sa capacité à se surpasser pour corriger, redresser, parfaire, renouveler, créer, quitte à bousculer même ceux fatigués d’avoir donné ou simplement dépassés. Le progrès ne souffre pas les béquilles, c’est aux pas fermes de sa jeunesse qu’une société avance, qu’une civilisation évolue. Le civisme c’est concourir à améliorer la collectivité, la responsabilité de l’encadreur du jeune est de l’amener à en prendre volontairement conscience avec des objectifs aux grandes lignes simples, tels que l’acquisition par le jeune de l’esprit de l’observation, de la méthode d’analyse, du sens critique, de la méthode pour le recoupement de l’information, du style rhétorique si possible (pour ceux qui en ont la prédisposition), le tout enveloppé dans la jalousie pour la liberté pour soi et pour les autres. Il va sans dire que la difficulté n’est pas dans les principes bien compris mais dans l’effort sur soi attendu de l’encadreur de l’éducation civique et à sa disponibilité à tout instant. La tâche est difficile certes mais quel plaisir à voir défiler plusieurs générations de jeunes pousses et d’assister à leur éclosion ! Quel apprentissage continu pour l’encadreur par la multitude de questions qu’un jeune se pose et auxquelles on n’aurait jamais pensé seul ! Quelle opportunité de rajeunissement de l’esprit et du cœur.

 

IBRAHIMI

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